Tomber

Photo © Michel Robert

Vous êtes sûrement déjà tombé des nues, ou tombé de votre piédestal, à moins que vous ne soyez tombé enceinte ou nez à nez avec un(e) ex dans votre ancien quartier.

La surprise, l’accident, ce que la vie nous propose. Que nous y soyons préparé ou pas, nous sommes parfois désarçonné.

C’est alors que viens la chute. La chute du corps, image de toutes ces métaphores qui traduisent autant le sentiment d’abandon, que la surprise bonne ou mauvaise ou encore la déception. C’est aussi la chute d’un corps fragile et lourd, différent, dont la gravité serait l’ennemie.

Dans la Différence, que faire de la norme imposée, du normal, de l’attendu. Cette chute inéluctable est-elle un passage obligé pour se défaire des attentes ? Une façon de repartir à zéro quand l’autre n’espère alors plus rien ?

Alors que les corps et les âmes chutent, les mots, les sons, les corps interrompent l’effondrement ou relèvent, soulèvent, soutiennent.

Sur les mots de Marie Beauchamps, poétesse, les quatre danseurs auront à cœur d’évoluer au travers d’un langage signé, de percussions corporelles, et du tango.

Quatre langages que les quatre danseurs utiliserons pour nourrir l’écriture chorégraphique de Tomber.

Le signe se danse, se percute en son, ré-percussion dans les corps qui tanguent ensemble pour faire face à l’adversité.

La langue des signes et les percussions, préciseront, définiront, les intentions des danseurs, et s’extrapoleront avec la danse contemporaine, en mouvement dansé incluant ainsi un plus large public.

Le tango, ses jeux d’équilibre et de déséquilibre donneront matière à l’exploration dans la relation et de la chute.Le poème La terre d’automne est noire, mais nos os sont blancs. Je les entends chanter quand je cours dans le vent écrit par Marie Beauchamps sera notamment l’un de nos soutien à la création de par les images, les émotions et les musiques qu’il propose. Il sera également le liant, le dénominateur commun des différents langages utilisés .

Ce spectacle se veut tous public. Notre souhait est de le jouer en salle mais également de l’amener hors des murs du théâtre, dans des lieux insolites, en extérieur, dans une cours d’école… et ainsi d’atteindre des publics différents. Nos vécus liés à l’expérience de la différence, du handicap, sont les moteurs de ce projet.

Dans cette dynamique d’ouverture, nous proposons différents ateliers adaptés à différentes classes d’âge.

Des ateliers chorégraphiques : Après un échauffement, nous proposons un travail des états du corps pour accueillir la chute et ses sensations et trouver les chemins vers la verticalité. Des jeux autour des points d’équilibre et du déséquilibre permettront de travailler autour de son rapport au sol et à soi-même.

Des ateliers autours de la langues des signes comme matière chorégraphique pour s’approprier de façon ludique du vocabulaire de la LSF, et ainsi de sensibiliser le public a cette autre langue. Les participants pourront faire de ses mots-signes leur propre langage dansé.

Dans une enveloppe faite de sons et de mouvements les ateliers de percussion corporelles permettront de trouver en groupe par le rythme du corps le plaisir d’être ensemble. Accessible au plus grand nombre cet atelier réunira toutes les générations.

Les ateliers tango nous amèneront à aborder la danse à deux et ce qu’elle implique en terme d’accordage et d’écoute.

Des ateliers d’écriture pour se laisser surprendre et mettre en mots ses images intérieures.

« La terre d’automne est noire, mais nos os
sont blancs. Je les entends chanter
quand je cours dans le vent

Nos os se mirent à chanter par un samedi matin embrumé.
Nous étions sur la route, portant notre poids au-delà de la rivière, tombant sur les pierres.

Leur chant se mit à gonfler comme une éponge absorbant le sol, aspirant
le flot, transportant
les airs, transformant
le vent qui tombait
sur les branches
de notre trachée.
 
Nos os, invisibles à nos yeux, jusqu’à ce que
 
nous tombions
 
brisés.
 
Nos os libérés, nous ne savons plus
où mettre nos pieds, à qui tenir la main, où poser notre dos
où se reposer.
 
Mais il nous reste l’eau. Elle s’écoule sous notre peau,
transportant le sel alluvion de tristesse,
elle vient toucher le rebord sculpté de nos yeux.
 
Une larme
coule.
 
Une larme
sèche.
 
Trace blanche sédimentaire
se souvenant du sol, nos os se mettent à bouger, lentement,
plus      lent       que      le      soleil       qui    se     lève     à           l’horizon.
 
Personne ne les vit bouger, pourtant ils portaient notre image,
émergeant dans la brume, ils frappèrent aux carreaux.
 
Aucun son
 
n’apparut. 
 
Nos os se mettent à chanter observant l’intérieur,
alors que nous dormons, ils suivent les courbes et les lignes
réconciliant les parts de notre corps brisé.
 
Nous posons nos pieds nus sur le sol dur et froid,
et frottons notre dos avec la palme de nos mains.
 
La fenêtre était ouverte au réveil ce matin."

                                               Marie Beauchamps ©2020